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Autopsie d’un désastre prévisible

Mon instinct me pousse à ne pas parler de mon accident, parce que la politique de l’autruche a toujours bien marché… </sarcasm> Mais vu comme je gamberge, il faut que je mette ça par écrit, parce que plus que jamais, il y a une réalisation qui doit se faire. Et c’est clairement pas juste dans ma tête que ça se fera. Alors parlons un peu de mon accident, et de ce qui m’a amené à presque perdre un doigt.

Et soyons honnête, s’il y a tout un tas de choses qui ont facilité cet accident, la principale raison, c’est que je suis un con. Un très gros con. Un con qui peut s’estimer heureux, parce que tout semble indiquer que j’aurai peu de séquelles, voir pas du tout avec un peu de chance ; je suis passé à peu de choses de devoir chercher mon doigt dans un tas de sciure. Et encore une fois, la principale raison, c’est moi et ma connerie.

Voilà l’endroit où tout s’est passé, en l’état où je l’ai laissé au moment de l’accident (j’ai juste eu le réflexe d’éteindre la machine). Bon, premier constat, l’endroit est bien encombré. Ouais, et ça pourrait être un soucis. Ca n’a pas joué dans le cas présent, et mon objectif de me débarrasser de mes chutes de bois va bien dans le sens de libérer de la place. Il y a des problèmes plus graves. Cherchez si vous les voyez.

Dans l’immédiat, il y en a quatre de visibles. Alors avant de les attaquer, commençons par ce qu’on ne voit pas. Pour pousser mes morceaux de bois, j’utilise un push stick.

C’est pas comme si j’en avais plein…

Ca évite de mettre les doigts trop près de la lame, tout en exerçant une poussée sur le bout de bois qu’on coupe. Oui, là, j’en ai utilisé un. Pour pousser mon bout de bois. Sauf que le bois a souvent tendance à vibrer une fois qu’il a dépassé la lame, et donc c’est pas inutile d’exercer une poussée latérale sur ce qui a dépassé la lame pour éviter un travail de cochon. Et voilà qui explique pourquoi c’est la main gauche qui a pris, pendant que la droite faisait avancer le bout de bois en toute sécurité. Parce que je suis trop con pour utiliser un push stick dans chaque main.

Bon, maintenant, passons au jeu des quatre erreurs. La première est en arrière-plan. Vous voyez pas ? Allez, je vous aide.

Le truc qui pendouille là au fond…

Quand j’ai fait refaire la fenêtre l’an dernier, j’ai du décrocher le néon qui étais juste au dessus. J’ai fait ça un peu dans l’urgence à l’époque, et j’ai jamais pris le temps de le remettre, d’une part parce que j’aimerai passer à un éclairage LED, et d’autre part parce qu’il faut que je fasse une support au dessus du linteau de la fenêtre. Donc un éclairage merdique, ou au moins sub-optimal, alors qu’on travaille un soir à 18h en plein hiver. Oui, « mais quel con. »

Les trois autres erreurs sont au même endroit. Un peu d’aide, ça se passe ici.

C’est dans l’état où je l’ai laissé.

Alors commençons par l’erreur qui pourrait ne pas être grave en elle-même, mais qui l’est en combinaison avec l’erreur suivante. La lame est oblique. Ce n’est pas un bug, c’est une fonctionnalité, pour découper en biais. Mais, ça veut aussi dire que la lame couvre une zone plus large. La lame fait 3mm (ça semble peu, jusqu’à ce qu’on parle de doigt), mais en biais, là elle couvre bien 10 mm en largeur. Et elle est décalée par rapport à l’ouverture dans la table. L’optique étant ce que c’est, le cerveau a parfois tendance à mal estimer la position de la lame (surtout les cerveaux de gros cons).

Mais nan, le truc choquant ici, c’est la hauteur de la lame. Presque deux fois plus haute que le bout de bois qu’on coupe. C’est réglable, et ça prend à peine 30 secondes. Mais non, con que je suis, je me suis dit « c’est vite fait et on en parle plus ». Et voilà que j’en parle encore et encore. Si la lame avait été ajustée à la hauteur du bout de bois, j’aurai certainement pas eu ce problème, en tout cas pas comme ça. Et déjà rien que pour ça je mérite des gifles.

Mais le vrai problème est ailleurs. Allez, je vous fais un zoom dessus.

Vous remarquez l’espace derrière la lame ?

Comme ça, on se dit que c’est normal. Une table, une scie, une table de sciage, quoi… Sauf qu’en fait, ça devrait pas ressembler à ça. Ca devrait, AU STRICT MINIMUM ressembler à ça.

Ca fait comme une différence, non ?

Et idéalement, ça devrait même ressembler à ça.

Oui, j’ai mis les doigts dans la machine pour cette photo.

Là, clairement, c’est limite impossible de se couper un doigt (sauf avec un peu de mauvaise volonté). Alors pourquoi je n’avais aucune de ces sécurités en place ? Il y a une raison, et je maintiendrai que la raison initiale était bonne. Ces sécurités ont un sens si on veut couper un morceau en deux. Mais si on veut juste faire une rainure dans le bois, c’est impossible. Et dans le cas présent, c’était les rainures pour fabriquer mes tiroirs qui m’avaient poussé à les enlever. Sauf que d’une part, j’aurai du immédiatement remettre la sécurité (au lieu de ça, ça fait six mois que je me dis qu’il faudrait que je le fasse, et c’est pour ça que je l’ai fait aujourd’hui, malgré ma peur de retrouver des petits bouts de chair dans la machine), d’autre part, ça fait presque un an que j’ai une autre machine pour faire les rainures et que je n’utilise plus ma table de sciage pour ça. Je vous avais prévenu, un gros con.

Alors nous y voilà. Je m’en tire bien, la lame a taillé dans la chair, partiellement dans l’os, les tendons et les ligaments, mais surtout dans la chair. Tout est remis en place, sauf que bon, il manquait un peu de matière. J’aurai peut être une perte de sensibilité, mais ça pourrait tout aussi bien revenir. J’aurai peut être une cavité à cet endroit ; ou pas, suivant la façon dont ça se remet. J’aurai peut être une légère raideur, mais s’il y en a, elle sera minime. En gros, je m’en sors très bien. Mais j’ai vu les photos qui ont été prises pendant l’opération, et qui font partie intégrante du rapport qui m’a été transmis, et si j’ai un moment pensé à les placarder sur la table pour ne pas oublier, je me dis que faire un malaise alors que la lame tourne est une perspective encore moins engageante.

Et je dirai bien que ça me servira de leçon, que j’apprendrai de mes erreurs. Mais non, parce que je connaissais déjà ces leçons, parce que je savais déjà que ces erreurs pouvaient avoir de terribles conséquences. J’ai rien à apprendre. Juste un comportement à assumer. Et à ne plus jamais reproduire. J’espère que j’y arriverai, parce que si c’est pas le cas, le prochain moment d’inattention sonnera probablement le glas de mes bricolages. Et de mes mains.

3 réponses sur « Autopsie d’un désastre prévisible »

Les récits retour d’expériences sont toujours intéressant. Tu dis que tu n’as rien à apprendre, au contraire c’est bien une leçon que tu viens de te prendre. Savoir c’est bien mais c’est la mise en pratique qui est importante. Tu joues peut-être sur le sens du mot savoir mais apprendre ce n’est pas que savoir 😉

Et sinon mettre des gants en protection supplémentaire ?

« Ce que je sais c’est que je ne sais rien » Socrate

J’ai aussi des gros gants en cuir, que j’utilise depuis que j’ai pris une écharde de 1cm dans la main. Mais bon, j’avoue que ça réduit la mobilité de la main, donc j’ai un peu du mal à les avoir en permanence. Mais clairement, c’était une protection supplémentaire ici.

En fait, la vraie leçon que j’ai apprise, c’est surtout que quand je me dis qu’il faudrait que je fasse un truc, c’est pas pour le reporter à plus tard. Et de m’arrêter plutôt que de rusher les choses.

J’en parlais par hasard avec le pharmacien, qui me disait que j’ai eu de la chance de ne pas porter de gants de protection, parce que typiquement, ça m’aurait probablement emporté la main avec. Visiblement, les gants, c’est pour les machines non circulaires.

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